Remporter les élections grâce au porte-à-porte

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Remporter les élections grâce au porte-à-porte

Nous relayons ici une note sur le porte-à-porte rédigée par Timothée Thierry, insoumis parisien (12è arrondissement). Une version plus détaillée est disponible par mail à l’adresse citoyenssouverains@gmail.com.

Les élections sont désertées par une grande partie de nos concitoyens, à l’exception peut être de l’élection présidentielle, sans pouvoir déterminer s’il s’agit d’une résistance durable. Quels sont les facteurs qui influencent la participation électorale et quel est le rôle des partis politiques dans la montée de l’abstention ?

Les campagnes électorales se sont progressivement dirigées vers les électeurs déjà actifs, plutôt que vers les abstentionnistes. Les campagnes en ligne diminuent les coûts de communication mais elles touchent avant tout les militants et les électeurs déjà engagés politiquement : l’utilisation d’internet n’a pas démocratisé l’accès à la sphère politique. Les contacts directs entre militants et électeurs ont peu à peu disparu, notamment avec le déclin des actions de porte-à-porte depuis les années 70. Les partis politiques semblent faire en général l’hypothèse que l’abstention est une donnée sur laquelle ils n’ont pas de prise, ce qui entraîne un cercle vicieux : les abstentionnistes ignorés se désintéressent encore plus de la politique.

Deux chercheurs américains, Alan gerber et Donald Green, ont émis l’hypothèse que l’absence de contact entre militants et électeurs était la principale raison de la montée de l’abstentionnisme. Ils ont vérifié leur hypothèse à l’aide d’une expérience contrôlée : ils ont divisé au hasard un échantillon de 30 000 électeurs de la ville de New Haven en 4 groupes (qui sont donc équivalents en moyenne) faisant chacun l’objet d’une technique de campagne différente : porte-à-porte, courriers personnalisés, appels téléphoniques et un groupe témoin. Les résultats montrent que c’est le porte-à-porte qui a le plus élevé la participation (12.8%) loin devant le courrier (2.5%) puis les appels téléphoniques (quasiment nulle). Dès 2004, les résultats de cette expérience n’ont pas manqué d’intéresser les stratèges politiques américains et le porte-à-porte a fait son retour en grâce au cœur des stratégies électorales. En 2008, 50 millions d’électeurs ont été contactés en porte-à-porte par 4 millions de volontaires faisant campagne pour Obama.

La solution préconisée pour lutter contre l’abstentionnisme, c’est finalement de remettre le contact humain au coeur de la campagne, et les meilleures actions de campagne (en terme de rentabilité électorale) sont celles qui privilégient le contact direct entre les électeurs et les militants politiques. Le but est de remobiliser sa base électorale (qui peut penser que c’est inutile d’aller voter) et d’inviter les indécis de gauche à voter pour Mélenchon plutôt qu’un autre. Faire changer d’avis un électeur de droite est possible, mais très long et fastidieux, et beaucoup moins rentable électoralement que convaincre un indécis de gauche. Certains indécis du FN, qui votent contre le système plutôt que pour les idées xénophobes, ainsi que certains électeurs de droite assez ouverts et souvent mal informés politiquement peuvent aussi faire partie des indécis que l’on peut convaincre ou sensibiliser efficacement avec quelques échanges !

Une des manières d’être au contact des électeurs (mais ce n’est pas la seule) c’est de faire du porte-à-porte pour aller présenter directement et individuellement les raisons qui nous poussent à voter pour Mélenchon. L’idée est de sensibiliser chaque électeur à notre mouvement et aux idées que nous défendons, aux raisons qui nous poussent à agir pour la France Insoumise, dans le but de donner envie de voter pour nous ou même de mobiliser des sympathisants pour qu’ils nous rejoignent (s’ils manifestent un certain intérêt).

Quelques idées reçues sur le porte-à-porte :
– « Les français ne veulent pas qu’on frappe à leur porte » : en fait c’est l’inverse, le porte-à-porte est très bien reçu par les électeurs qui sont étonnés que des militants viennent leur parler de leurs idées jusqu’au pas de leur porte, et lorsque la réaction est mauvaise, la discussion est très brève (porte qui claque, échange qui tourne court au bout de quelques dizaine de secondes…).
– « Il faut vraiment s’y connaître pour faire du porte-à-porte » : pas besoin de connaître sur le bout des doigts tout le programme politique. Il faut présenter avec conviction et par un témoignage personnel les thèmes qui nous semblent le plus important. Si vous hésitez sur une question que l’on vous pose, il ne faut pas hésiter à donner votre avis personnel et comment vous voyez les choses, quitte à « réviser » le soir la position officielle de la France insoumise ou les mesures spécifiques du mouvement sur le sujet.

– « Le porte-à-porte ce n’est pas de la vraie politique » : le porte-à-porte contribue à la réduction des inégalités d’information, de compétence politique et de participation au sein de la société. Mais pour atteindre cet objectif, un porte-à-porte au moment des élections présidentielles est insuffisant, et il faudrait répéter et élargir l’expérience et les contacts entre militants et électeurs pour inclure le plus de citoyens possibles dans le débat politique.
– « A l’époque d’internet, cela a-t-il encore du sens de faire du porte-à-porte ? » : le porte-à-porte peut être encadré par des outils technologiques permettant notamment de cibler les quartiers les plus rentables électoralement en priorité et permettant de mettre rapidement en contact les militants et les sympathisants qui voudraient agir, ne serait-ce que ponctuellement !

Comment se déroule le porte-à-porte :

– le porte-à-porte est à faire quand les électeurs sont chez eux ! En semaine entre 18h30 et 20h, et le week-end,

il faut avoir des signes distinctifs pour être identifiés rapidement comme un militant de la France insoumise (et ne pas être pris pour des vendeurs de tapis) : écharpe, badge, autocollants, etc,
– après une introduction sur les raisons de la visite, l’important c’est de parler de ses convictions personnelles, de présenter des thèmes qui vous touchent directement,
– ne pas oublier de parler de l’inscription sur les listes électorales (si vous pensez que c’est nécessaire), et proposer quand vous pensez que c’est possible, de récupérer un mail pour inviter les sympathisants à militer avec nous !

– il faut compléter au fur et à mesure un carnet de bord et le retranscrire ensuite dans un tableur excel pour savoir combien de portes ont été frappées, combien de portes ont été ouvertes, combien d’électeurs étaient intéressés, quelles questions ou remarques ont été faites, quels sujets revenaient souvent ? Le but de ce tableau de bord est de mieux organiser le porte-à-porte, savoir quels immeubles ont été atteints et mieux se préparer si certaines questions reviennent souvent !

Autres recommandations :

– il est plus efficace de privilégier des messages positifs et encourageant ! Par exemple, il faut mieux dire : « on s’attend à une mobilisation record pour Mélenchon, est ce que vous en ferez partie ? », plutôt que « le taux d’abstention dans votre quartier est très élevé, votre vote est important »,

– bien rappeler les dates des élections (pour les marquer dans les esprits) : le 23 Avril et le 7 Mai 2017.
Voilà pour les principaux éléments tirés du livre, qui m’ont personnellement convaincu de l’intérêt du contact direct entre les électeurs et les militants (même si bien sûr il faut agir sur tous les tableaux) et en particulier du porte-à-porte.

Le porte-à-porte est une manière d’être en contact avec les électeurs mais ce n’est pas la seule ! Ce que j’adore faire, quand j’ai du temps libre, c’est aller dans des lieux ou les gens sont disponibles (parcs, sorties d’école, terrasse de café, campus universitaire, etc) et de faire la même chose qu’en porte-à-porte. Sauf que là les gens sont moins étonnés. Ils apprécient souvent la démarche (ou me disent très vite s’ils ne sont pas intéressés), et ils me posent des questions sur certains points du programme ou me demandent de leur présenter un de nos axes. Ça m’a permis de parler avec un grand nombre d’électeurs et aussi d’améliorer mon discours et mon argumentation : quand je ne savais pas répondre à une de leur question, j’allais souvent me renseigner le soir sur le sujet ! Et je me dis que si jamais je ne suis pas très convaincant auprès d’un groupe, il ne s’agit que de quelques personnes, donc il n’y a pas de gros enjeux de ce côté là !

Je fais souvent ça à l’université et un des intérêts c’est que je peux très facilement parler à beaucoup de monde : je parle souvent à des groupes de plusieurs personnes, et quand j’ai fini le groupe suivant est à deux pas. Du coup je pense qu’en une heure je peux facilement parler à une trentaine de personnes en ayant eu un échange de quelques minutes avec chacune d’entre elle.

Voilà qu’en pensez-vous ? J’espère que ça vous aura convaincu de l’intérêt du contact direct entre militants et électeurs et donner quelques idées d’actions que l’on pourrait mener !

Timothée Thierry (Paris 12è)

Collectif Citoyen Souverains
citoyenssouverains@gmail.com
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