Séminaire « Entreprise » de Réseau Salariat

Séminaire « Entreprise » de Réseau Salariat

La saison 3 de Révolution et contre-révolution dans l’institution du travail

Présentation générale du séminaire – Octobre 2019 -juillet 2020

Dans le langage courant, très influencé par les classes dominantes, l’entreprise est réduite à sa forme juridique la plus courante : la société de capitaux. Dans le cadre de la « société » au sens juridique, les actionnaires sont censés donner les grandes orientations stratégiques à l’entreprise afin de permettre la valorisation de leur capital.

Peut-on pour autant réduire l’entreprise à une « somme de contrats », comme le prétendent certaines théories anglo-saxonnes ? N’est-elle pas plutôt le fruit commun et indivisible d’agents (salariés, entrepreneurs, apporteurs de capitaux, etc.) et d’institutions (États et collectivités locales) qui fournissent les biens publics nécessaires à toute activité économique ? S’agit-il d’une entité qui posséderait sa propre existence, irréductible aux agents et autres collectifs qui travaillent ou apportent leur capital, comme le rappellent certains juristes ? Est-on en présence d’une structure productive, d’une entité juridique appelée « société » ou des deux à la fois ?

L’axe central du séminaire consiste à souligner les liens étroits qui unissent l’entreprise, les marchés et la finance. Ce projet passe par une autre manière de voir et par une refondation de l’entreprise dont la finalité institutionnelle doit être précisée. La démarche s’appuie sur l’analyse des rapports entre les catégories sociales qui s’expriment dans le partage de la valeur ajoutée et s’incarnent dans ses multiples déclinaisons : les modes d’évaluation de l’efficacité économique, écologique et sociale, l’organisation des pouvoirs dans l’entreprise, les droits issus de la propriété, l’intervention des salariés, etc.

Il s’agit d’appeler l’attention sur les rapports d’interdépendance entre choix stratégiques des entreprises et équilibres socio-économiques et écologiques car

une autre manière de produire, de consommer et de répartir les richesses devrait nécessairement s’imposer dans les années qui viennent.

1ère séance (7 octobre 2019) : Introduction généraleReconstruire l’entreprise

L’intervention de Daniel Bachet a pour objectif de montrer que la manière de voir et de compter oriente la finalité des entreprises, leur stratégie ainsi que la façon d’appréhender le travail. Les outils comptables sont en effet des « technologies politiques ».

Depuis longtemps déjà la manière de voir et de compter contribue directement à la reproduction de l’entreprise dont l’objectif supposé serait la recherche du profit. Pourtant, adopter un langage comptable plutôt qu’un autre, c’est adopter une représentation de l’entreprise, de sa finalité, de son efficacité et des rapports de pouvoir. Aussi, il est possible de penser et de compter différemment en vue de proposer une alternative cohérente et opératoire à l’entreprise capitaliste.

Daniel Bachet présentera les outils comptables les plus appropriés pour valoriser le travail et l’emploi mais également pour empêcher les atteintes aux fonctions environnementales essentielles à la survie de la biosphère et pour prévenir les dégâts collatéraux du développement économique sur les êtres humains (risques socio-psychologiques, accidents, coût de l’insécurité environnementale, etc.).

L’intervention sera l’occasion de proposer un premier cadrage théorique des séances qui suivront.

2ème séance (4 novembre 2019) : Le fonctionnement de la société de capitaux, par Benoît Borrits.

Benoît Borrits est animateur de l’association Autogestion.

L’entreprise est aujourd’hui majoritairement incarnée dans la société de capitaux, une association d’individus qui ont pour objectif la valorisation de leur capital. Cette session démontrera que la valeur d’une société n’est pas son bilan comptable mais une estimation spéculative des dividendes à venir. Ceci explique pourquoi des entreprises ferment aujourd’hui des unités de production qui, bien que rentables, ne le sont pas assez. On comprend dès lors la fragilité intrinsèque du capitalisme qui nécessite des institutions capables d’offrir un cadre sécurisé permettant aux propriétaires d’extraire des revenus.

Après avoir rappelé les principes de base de la comptabilité d’entreprise, nous examinerons la notion d’actualisation d’un revenu futur avec ses deux composantes que sont le taux d’intérêt qui rémunère le temps et la prime de risque qui rémunère l’incertitude. Nous démontrerons, à l’aide de la formule de Gordon et Shapiro, que le capitalisme, bien que florissant en apparence, est en proie à des contradictions insoutenables à terme dans un contexte de faible croissance et de taux d’intérêt qui ne peuvent plus guère baisser.

Rappel sur les séances suivantes de l’année :

3. 2 décembre 2019 : L’entreprise et le partage des pouvoirs, avec Olivier Favereau, professeur émérite d’économie.

4. 6 janvier 2020 : Pour une comptabilité de l’entreprise adaptée au renouvellement de l’environnement (CARE), avec Jacques Richard, professeur émérite à Paris-Dauphine et expert-comptable.

5. 3 février 2020 : La formation macroéconomique des profits et l’action de l’Etat, avecBenoît Borrits.

6. 2 mars 2020 : Entreprise et finance, avec François Morin, professeur émérite d’économie.

7. 30 mars 2020 : Refonder l’entreprise et les outils comptables, avec Paul-Louis Brodier, ingénieur.

8. 4 mai 2020 : Coopératives, un modèle pour l’entreprise ? avecBenoît Borrits

9. 8 juin 2020 : Coopératives et communs, avec Hervé Defalvard, économiste, auteur de La révolution de l’économie [en 10 leçons], éditions de l’Atelier, 2015.

10. 6 juillet 2020 : Libérer le travail. Des méthodes alternatives de management, avecThomas Coutrot, économiste.

Bibliographie du séminaire

Bachet D. (2019). Reconstruire l’entreprise pour émanciper le travail, UPPR, Toulouse.

Borrits B. (2018). Au-delà de la propriété, Pour une économie des communs, La Découverte, Paris.

Brodier P.-L. (2001). La VAD (La Valeur Ajoutée Directe), Une approche fondée sur la distinction entre société et entreprise, AddiVal, Montpellier. Voir également le site http://vadway.com/  

Coutrot T. (2018). Libérer le travail, Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, Seuil, Paris.

Favereau O. (2014). Entreprises : La Grande Déformation, Collège des Bernardins, Parole et Silence, Paris.

Kapp K.W. (1963, 2015). Les coûts sociaux de l’entreprise privée, Les Petits Matins, Paris.

Morin F. (2017), L’économie politique du XXIe siècle, De la valeur-capital à la valeur-travail, Lux-éditeur, Québec.

Richard J., Bensadon D., Rambaud A. (2018). Comptabilité financière, Dunod, 11e édition, Paris.

Richard J. (2015). « Refonder l’entreprise, la société anonyme et l’intérêt social par la comptabilité environnementale », http://www.alliance-respons.net/bdf_fiche-document-247_fr.html

Richard J. (2012). Comptabilité et Développement Durable, Economica, Paris.

Collectif Citoyens Souverains
citoyenssouverains@gmail.com
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